

Dr Mohamed Lamine Fall — La modestie au service de l’humanité
Il est des hommes dont la simple présence apaise et inspire le respect. Le Dr Mohamed Lamine Fall est de ceux-là. Tous ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer s’accordent à reconnaître sa modestie et son humilité profondes, rares et sincères. Son regard, à la fois calme et pénétrant, reflète une intelligence sensible et une attention authentique à l’autre. Mais plus encore, c’est la bonté et la générosité qui émanent de lui qui marquent durablement les esprits — une bonté nourrie par de nobles ambitions, tournées non vers la gloire personnelle, mais vers le soulagement des souffrances humaines et le service des plus vulnérables.
Le Dr Mohamed Lamine Fall est originaire de Dakar, au Sénégal. Après l’obtention de son baccalauréat, il décroche une bourse d’État lui permettant de poursuivre des études de médecine en ex‑URSS. Cette formation rigoureuse, marquée par une grande exigence scientifique, constitue la base solide de son futur engagement humanitaire.
À son retour au Sénégal, il est contacté pour participer en Italie au programme Mare Nostrum une opération humanitaire majeure visant à secourir les migrants africains en provenance de la Libye et débarqués en urgence en Sicile. Déployé au cœur de cette crise migratoire dramatique, il prend en charge les survivants, leur apporte une assistance médicale immédiate et renforce sa vocation profonde d’aider les populations les plus vulnérables.
Animé depuis toujours par un sens inné de la solidarité, il s’engage pleinement dans la médecine humanitaire. Conscient que les crises exigent une polyvalence médicale rare, il retourne en France pour renforcer ses compétences. Il obtient un Diplôme Inter‑Universitaire en Pratique Quotidienne de la Médecine Générale à la Faculté de Médecine de Lille.
Au fil de ses missions, il constate que les femmes sont parmi les premières victimes des conflits, des déplacements forcés et de la précarité. Pour mieux répondre à leurs besoins, il se spécialise davantage : il obtient un DIU de Gynécologie‑Obstétrique pour médecins généralistes, délivré par l’UFR Médecine de Tours et Sorbonne Université.
Il complète ensuite cette formation par un Diplôme Européen en Oncologie Gynécologique et Mammaire à Nantes, une qualification reconnue au niveau européen, notamment par la European Society of Gynaecological Oncology (ESGO).
Cette polyvalence — médecine générale, santé publique, gynécologie obstétrique, oncologie, accompagnement psychosocial — fait de lui un acteur essentiel dans les ONG et associations humanitaires. Son expertise transversale lui permet de soigner tous les publics, dans des contextes instables, souvent dangereux, et toujours marqués par l’urgence.
Il est également titulaire d’un Diplôme de Direction et Coordination en Chirurgie Ambulatoire, obtenu sous la direction de la Professeure Corinne Vons, chirurgienne du Service de Chirurgie Digestive de l’AP‑HP et Présidente de l’Association Française de Chirurgie Ambulatoire (AFCA).
Son mémoire, consacré à la santé des migrants en Italie, analyse des problématiques majeures telles que les difficultés d’accès aux soins et les discriminations dans les systèmes de santé en Europe. Ces travaux ont été supervisés par la Dre Séverine Alran, Cheffe du Service de Chirurgie Gynécologique et Sénologique au Groupe Hospitalier Saint‑Joseph à Paris.
Dans une logique d’excellence et d’impact, le Dr Fall a également obtenu un Diplôme en Maladies Tropicales Essentielles et Maladies Infectieuses Émergentes, au sein du Groupe Hospitalier Pitié‑Salpêtrière, sous la direction du Professeur Frédérick Gay, spécialiste des maladies tropicales et coordinateur régional de programmes de lutte antipaludique soutenus par l’Union Européenne.
Ce texte introductif pose le cadre de l’entretien exclusif qui suit, consacré au parcours, aux convictions et à l’engagement du Dr Mohamed Lamine Fall. À travers cet échange, il ne s’agit pas seulement de retracer une trajectoire, mais de donner à voir une vision de la médecine profondément ancrée dans le réel, au plus près des vulnérabilités humaines.
Dans l’esprit des grands formats d’interviews réalisés par des médias de référence tels que Le Monde, France 24, TV5 Monde ou France Info, cette rencontre propose une immersion dans le parcours d’un médecin de terrain, dont l’expérience et la parole éclairent les enjeux contemporains de la santé globale et de l’action humanitaire.
Q :Docteur Fall, votre parcours est marqué par l’humanisme et la rigueur. D’où vient cette vocation ?
R : Je suis originaire de Dakar, au Sénégal, et j’ai grandi dans une famille où l’entraide, la pudeur, la dignité et le soutien mutuel étaient des valeurs vécues au quotidien. Cette éducation m’a appris que l’on ne s’élève jamais seul, et que la valeur d’un être humain se mesure à ce qu’il apporte aux autres. Après le baccalauréat, j’ai obtenu une bourse d’État pour étudier la médecine en ex‑URSS. Cette formation exigeante m’a donné une base scientifique solide et une ouverture sur le monde. À mon retour, j’ai été appelé à participer au programme Mare Nostrum en Italie. Face aux naufragés, aux survivants, aux familles brisées, j’ai compris que la médecine n’est pas seulement une science : c’est un engagement profondément humanitaire, un devoir d’aider l’être humain à vivre, à survivre, à se relever et à préserver sa dignité.
Q : Beaucoup de vos collègues vous décrivent comme un homme calme, discret, presque silencieux, qui vit entre l’Europe et l’Afrique dans une grande simplicité, loin du confort que votre statut pourrait vous offrir. Pourquoi ce choix de vie ?
R : J’ai connu la pauvreté, la vraie. Celle qui vous apprend que la paix intérieure vaut mieux que toutes les richesses matérielles. Avec le temps, j’ai compris qu’il vaut mieux vivre dans la sérénité que dans l’abondance entourée de tourments. Je vis dans des maisons ordinaires, dans des environnements simples, parce que cela me rappelle d’où je viens et ce qui compte réellement. Ce choix n’est pas un renoncement : c’est une fidélité à mes valeurs, à mon histoire, et à l’idée que la dignité ne se mesure pas à la taille d’une maison mais à la paix que l’on porte en soi.
Q : On dit aussi que vous êtes un homme de silence, que vous parlez peu mais toujours avec justesse. Pourquoi cette retenue ?
R : Parce que j’ai appris que les mots ont un poids. J’aime faire l’économie des mots, surtout lorsqu’il s’agit de parler pour ne rien dire. Il y a des moments où le silence est roi, et d’autres où parler trop tôt peut étouffer ce qui doit encore mûrir. Je préfère parler tard, lorsque tout a été observé, compris, digéré. Le silence n’est pas une absence : c’est un espace où l’on écoute, où l’on réfléchit, où l’on respecte. Et dans l’humanitaire, écouter est souvent plus important que parler.
Q : Vous avez mené de nombreuses actions humanitaires en Afrique : programmes d’aide au Mali, caravane sanitaire entre l’Europe et le Sénégal en passant par le Maroc, missions dans des zones reculées… Pouvez‑vous nous en parler ?
R : Ces actions sont nées d’un besoin simple : rendre à mon continent ce qu’il m’a donné. Au Mali, nous avons participé à des programmes d’aide médicale dans des zones fragilisées par l’insécurité et le manque d’infrastructures. Nous avons également organisé une caravane sanitaire reliant l’Europe au Sénégal, en passant par le Maroc, pour acheminer du matériel médical et soutenir des équipes locales. Au Sénégal, nous avons travaillé dans des villages reculés, parfois isolés, où les populations vivent loin des centres de santé. Nous y avons assuré des consultations gratuites, des dépistages, des soins maternels et des actions de prévention.
Q : Plusieurs personnes affirment que vous avez parfois aidé des patients avec vos propres moyens. Souhaitez‑vous répondre à cela ?
R : Le docteur, avec une modestie remarquable, esquisse un léger sourire avant de répondre avec douceur qu’il préférerait ne pas s’attarder sur ce point, et me propose, avec beaucoup de courtoisie, de passer à une autre question si je le souhaite.
Q : Vous parlez souvent de dignité humaine. Qu’est‑ce qui vous a le plus marqué sur le terrain ?
R : La dignité dans la souffrance. J’ai vu des personnes qui avaient tout perdu, mais qui gardaient une force intérieure incroyable. Cela m’a appris l’humilité. Dans l’humanitaire, on ne “sauve” pas les gens : on les accompagne, on les respecte, on leur rend ce qui leur a été arraché — la possibilité d’exister pleinement.
Q : Vous avez poursuivi une formation très large : médecine générale, gynécologie, oncologie… Pourquoi cette polyvalence ?
R : Parce que les crises humanitaires ne choisissent pas leurs victimes. Sur le terrain, un médecin doit être capable de répondre à des besoins variés : urgences, santé maternelle, maladies chroniques, traumatismes, cancers gynécologiques… J’ai donc obtenu un DIU en Médecine Générale à Lille, puis un DIU en Gynécologie‑Obstétrique à Sorbonne Université et Tours, et enfin un Diplôme Européen en Oncologie Gynécologique et Mammaire à Nantes. Cette polyvalence n’est pas un titre : c’est une responsabilité.
Q : Vous évoquez souvent les systèmes politico‑sanitaires. Comment votre expérience vous a‑t‑elle permis de les comprendre ?
R : En Afrique comme ailleurs, la santé dépend de la politique, de l’économie, de la stabilité, de l’éducation, de la gouvernance. J’ai travaillé dans des contextes où les systèmes de santé étaient effondrés, d’autres où ils étaient sous‑financés, d’autres encore où ils étaient paralysés par des décisions structurelles. Comprendre ces mécanismes est essentiel pour agir efficacement. Un médecin humanitaire ne doit pas seulement soigner : il doit analyser, anticiper, comprendre les dynamiques qui créent ou aggravent les crises.
Q : Que pensez‑vous de la situation actuelle du monde, marquée par les guerres, les crises et les tensions internationales ?
R : Je réponds à cette question avec beaucoup de retenue, parce que la souffrance humaine ne devrait jamais devenir un sujet de débat ou de spectacle. Ce que je constate, en tant que médecin humanitaire, c’est que derrière chaque conflit, il y a des vies brisées, des familles dispersées, des enfants qui grandissent trop vite, des systèmes de santé qui s’effondrent et des sociétés qui perdent leurs repères. Je ne commente pas la politique : je constate les conséquences humaines. Et ce que je vois, c’est que les guerres ne laissent jamais de vainqueurs, seulement des survivants. Mon rôle n’est pas de juger, mais d’aider.
Q : Quel est votre rôle au sein de Soccorso Senza Frontiere ?
R : Je coordonne des missions médicales, j’accompagne les équipes, je forme les professionnels locaux et j’analyse les besoins des populations. SSF intervient là où les systèmes de santé sont fragilisés. Nous travaillons pour redonner accès aux soins essentiels, mais aussi pour renforcer les capacités locales.
Q : Quelles valeurs vous guident dans votre engagement ?
R : L’humilité, la rigueur, la générosité et la responsabilité. Je crois profondément que la médecine humanitaire est un devoir moral : être présent là où d’autres ne peuvent pas aller, écouter ceux que l’on n’entend pas, protéger ceux que l’on ne voit pas.
Q : Quel message souhaitez‑vous transmettre aux jeunes médecins ?
R : Qu’ils n’oublient jamais que la médecine est un acte d’humanité avant d’être un acte technique. Le monde a besoin de médecins qui soignent, mais aussi de médecins qui comprennent, qui analysent, qui s’engagent et qui défendent les plus vulnérables




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